Wu-Tang Clan

Bio de
Wu-Tang Clan

Le Wu-Tang Clan émerge en 1993 au moment où Dr. Dre est au plus fort de sa popularité. Le groupe de Staten Island, à New York, deviendra la formation la plus révolutionnaire du hip hop des années 90. S’appuyant sur le concept du super groupe, le Wu-Tang Clan tourne autour d’un noyau composé de neuf MCs. L’idée derrière tout ça est de frapper fort avec un premier album qui en entraînerait plusieurs autres par les différents membres du groupe. La stratégie permettrait ainsi à chacun des membres de devenir un star à part entière et d’avoir accès à ses propres chèques de redevances.

Étonnamment, le plan fonctionne et chacun des projets basés sur le premier album, Enter the Wu-Tang (36 Chambers) paru en 1993, connaissent du succès. La formation tire son nom d’une épée de kung fu mythique et puissante qui a été forgée par une congrégation de guerriers invincibles.

Chacun des neuf membres porte un pseudonyme à commencer par RZA (anciennement Prince Rakeem, alias Rzarecta, Chief Abbot et Bobby Steels, Robert Diggs de son vrai nom). Il y a également Genius/GZA (alias Justice et Maxi Million, Gary Grice de son vrai nom), Ol’ Dirty Bastard (alias Unique Ason, Joe Bannanas, Dirt McGirt, Dirt Dog et Osirus, Russell Jones de son vrai nom), Method Man (alias Johnny Blaze, Ticallion Stallion, Shakwon, Methical et MZA, Clifford Smith de son vrai nom), Raekwon the Chef (alias Shallah Raekwon et Lou Diamonds, Corey Woods de son vrai nom), Ghostface Killah (alias Tony Starks et Sun God, Dennis Coles de son vrai nom), U-God (alias Golden Arms, Lucky Hands, Baby U et 4-Bar Killer, Lamont Hawkins de son vrai nom), Inspectah Deck (alias Rebel INS et Rollie Fingers, Jason Hunter de son vrai nom) de même que Masta Killa (alias Noodles, Elgin Turner de son vrai nom).

Bien qu’il ne soit pas l’un des deux fondateurs de la formation qui a été mise sur pieds par Genius/GZA et Ol’ Dirty Bastard, RZA est le grand responsable de la vision de Wu-Tang Clan en raison de son immense talent. Sous sa gouverne, le groupe a su créer un paysage musical à la fois menaçant, surréaliste et ténébreux. Il faut également préciser que RZA a soit réalisé ou co-réalisé chacun des projets du Clan, que ce soit en groupe ou en solo. Sur ses toiles de fond impressionnantes, les MCs rappent avec violence et humour noir. Au tournant de 1995, le son du groupe est l’un des plus reconnus dans les cercles hip hop.

Mais ça n’a pas toujours été aussi rose. Comme tous les rappeurs, les membres du Clan tentent d’avancer par tous les moyens. Pour RZA, ça veut dire lancer le simple Ooh, I Love You Rakeem. Suivant les conseils de l’étiquette Tommy Boy et de son réalisateur, il enregistre la pièce humoristique qui ne donne aucun résultat valable. Le même sort attend le simple suivant, My Deadly Venom. Cette expérience lui suffit pour conforter son intention d’attaquer l’industrie du disque en défiant les conventions et les idées reçues. Il trouve des partenaires à sa mesure en Genius et Ol’ Dirty Bastard. Genius lance – lui aussi en 1991 – l’album « Words From the Genius » qui passe complètement inaperçu. C’est à la suite de cet échec qu’il décide de travailler avec Bastard à la création d’un groupe qui va devenir le Wu-Tang Clan en moins d’un an.

RZA devient rapidement un membre de l’équipe tout comme les autres MCs que sont Method Man, Ghostface Killah, Raekwon, U-God, Inspectah Deck et Masta Killa. Les neuf compères font le pacte de former une communauté artistique et financière. Pour eux, le Wu-Tang Clan ne sera pas qu’un simple groupe, il deviendra une industrie. Pour ce faire, ils décident de se faire un nom par l’entremise d’un effort collectif pour ensuite se lancer dans divers projets en solo tout en enrôlant de nouveaux collaborateurs en cours de route afin de devenir de plus en plus forts et influents.

Le premier simple du Clan, Protect Ya Neck, est lancé de façon indépendante et remporte un succès chez les initiés. Il n’en faut pas plus pour que les compagnies de disques commencent à offrir de gros contrats à la formation. Le Clan résiste jusqu’au moment où il arrive à obtenir une entente qui permettra à chacun des membres d’enregistrer en solo pour le compte de l’étiquette de leur choix, permettant ainsi à chacun des rappeurs de demeurer agent libre. C’est Loud/RCA qui accepte une telle entente et qui lance Enter the Wu-Tang (36 Chambers) en novembre 1993.

En plus d’être encensé par la critique, le disque remporte un fort succès populaire, quoi que les ventes se fassent lentes au départ. Les choses changent quand le simple C.R.E.A.M. est lancé au début de 1994. Le Clan ne perd pas de temps à se lancer dans de nouveaux projets alors que cinq membres – Genius, RZA, Raekwon, Method Man et Ol’ Dirty Bastard – décrochent des contrats en solo.

RZA est le premier à entrer en studio en compagnie des Gavediggaz, une formation qu’il crée avec Prince Paul, Frukwan et Poetic. 6 Feet Deep est lancé en août 1994 et atteint la certification or. Le disque à la fois ultra-violent et comique met en évidence tout le talent de producteur dont dispose RZA. Peu de temps après, Raekwon lance un premier simple, « Heaven and Hell » qui est produit par… RZA.

C’est Method Man qui a la distinction de devenir le premier membre du groupe à obtenir une forte notoriété en solo grâce à son album Tical lancé en novembre 1994. Il s’agit du premier album en solo officiel d’un membre du Clan et il est réalisé, sans grande surprise, par RZA. Il faut attendre au début de 1995 pour voir Tical devenir un véritable hit. Ol’ Dirty Bastard marche dans les traces de Method Man et propose Return to the 36 Chambers en mars 1995. Grâce aux hits Brooklyn Zoo et Shimmy Shimmy Ya, le disque est certifié or. Inspectah Deck, quant à lui, propose une première pièce en solo qui se retrouve sur la bande originale du film Tales From the Hood.

C’est plus tard au cours de 1995 que les deux albums les plus acclamés du Wu-Tang Clan paraissent avec Only Built 4 Cuban Linx de Raekwon et Liquid Swords de Genius/GZA. Ne voulant pas être en reste, Ghostface Killah propose une première chanson en solo qui se retrouve dans le film Don’t Be a Menace to South Central While You’re Drinking Your Juice in the Hood. En octobre, il propose son premier album complet qui est bien accueilli par la critique.

Le Clan se retrouve au complet en 1996 et 1997 pour enregistrer l’album double Wu-Tang Forever qui paraît en juin 1997. Très attendu, le disque s’écoule à plus de 600 000 exemplaires dès la première semaine. Après une longue tournée, la nouvelle phase du projet Wu-Tang s’enclenche avec l’arrivée de nouveaux associés. Killarmy, groupe de protégés du Clan, lance l’album Silent Weapons for Quiet Wars en août 1997.

C’est cependant en 1998 que les projets déferlent à un rythme fou. En mars, un autre protégé, Cappadonna, lance l’album The Pillage alors que le sympathisant Killah Priest lance lui aussi un disque intitulé Heavy Mental. Bien accueilli, le disque est ponctué d’une forte imagerie spirituelle qui lui permet de se démarquer du reste de la bande. En juillet, le groupe de protégés the Sunz of Man lance l’album The Last Shall Be First alors que les Wu-Tang Killa Bees fait de même avec The Swarm, Vol. 1. En août, Killarmy y va d’un second effort avec Dirty Waeponry.

En 1998, Ol’ Dirty Bastard est au centre de toutes les controverses et démêlés judiciaires. En février, il interrompt le discours de Shawn Colvin alors qu’elle vient de recevoir un Grammy. Il veut ainsi protester contre le fait que le Clan n’a pas remporté le trophée remis au meilleur album rap. Peu de temps après, il annonce qu’il change son nom pour Big Baby Jesus, une initiative qui n’obtient pas la faveur populaire. Ce n’est que le début alors que pendant plus d’un an et demi, il se fait arrêter pour de nombreux délits, notamment pour voies de fait, vol à l’étalage, avoir fait des menaces terroristes, avoir porté une veste pare-balles après avoir été reconnu coupable d’un méfaits, avoir eu de la cocaïne en sa possession en plus de manquer de nombreuses apparitions en cour. De plus, au début de 1999, le Clan au grand complet est soupçonné d’opérer un réseau de revente d’armes à feu entre Staten Island et Steubenville, dans l’Ohio. Aucune accusation ne sera toutefois portée dans ce dossier.

C’est dans ce climat pour le moins étrange que le Clan commence une seconde ronde de projets en solo à la fin de 1998. Cette fois-ci, RZA laisse plus de place à ses protégés, mais il lance néanmoins son premier effort en solo avec RZA as Bobby Digital in Stereo en novembre 1998. Au cours du même mois, Method Man est de retour avec Tical 2000: Jusgement Day qui entre en deuxième position sur le palmarès américain.

En juin, la compilation RZA Hits qui retrace les meilleures pièces de la première ronde de projets solos est lancée. La semaine suivante, c’est au tour de Genius/GZA de proposer son second effort, Beneath the Surface ». En septembre, Nigga Please d’Ol’ Dirty Bastard est lancé alors qu’il est en cure de désintoxication. De son côté, Method Man entreprend son association avec Redman sur l’album Blackout! alors que Inspectah Deck lance son tout premier effort en Uncontrolled Substance. Un autre membre du Clan fait ses débuts en solo en octobre alors que U-God lance Golden Arms Redemption. Le déluge se poursuit le mois suivant avec Reakwon qui propose l’album Immobilarity. Finalement, Ghostface Killah est de retour en janvier 2000 avec Supreme Clientele.

Cette deuxième ronde de projets en solo n’attire pas autant l’attention autant chez la critique que chez les amateurs. Bien que Method Man et Ghostface Killah s’attirent les faveurs de la critique, le Clan souffre d’un manque de cohésion, d’une trop grande visibilité (on compte aussi une ligne vestimentaire, un jeu vidéo, une bande dessinée et plus) et d’une quantité d’albums qu’il est difficile de se procurer, même pour le fan le plus endurci qui doit se mettre beaucoup d’argent de côté pour suivre le rythme. Le son jadis distinctif du groupe devient commun et dilué en raison des nombreux imitateurs de RZA qui se voit détrôner par Timbaland.

Le réalisateur indépendant Jim Jarmusch demande à RZA de composer la bande originale du film Ghost Dog: The Way of the Samurai qui paraît en 2000. Par la suite, le Clan se retrouve pour entreprendre la production d’un nouvel album alors que Ol’ Dirty Bastard n’est toujours pas sous contrôle. Il passe notamment un peu de temps dans une prison californienne pour ne pas avoir respecté les conditions de sa probation. Il semble être de retour sur le droit quand, en octobre, il quitte le centre désintoxication californien où il se trouve et passe un mois en cavale. Les fans du groupe sont d’ailleurs bouche bée quand il monte sur scène lors du lancement de l’album The W qui a lieu à New York, en novembre 2000. Lancé sans tambour ni trompette, le disque se veut moins dense que ses prédécesseurs.

Quant à Ol’ Dirty Bastard, il réussit à quitter la salle après sa prestation inopinée, mais la police a tôt fait de lui mettre la main au collet alors qu’il se trouve à Philadelphie. On le rapatrie à New York afin qu’il puisse répondre à une accusation de possession de cocaïne. En avril 2001, il s’entend avec la poursuite pour une sentence qu’il lui fera passer entre deux et quatre ans dans un pénitencier d’état.

En 2001, RZA lance son second album en solo intitulé Digital Bullet. En novembre, c’est le retour des albums en solo avec Bulletproof Wallets de Ghostface Killah et The Yin and the Yang de Cappadonna. La production s’arrête là et le Clan retourne en studio afin de concocter Iron Flag sans Ol’ Dirty Bastard. L’album paraît en décembre 2001. Quant à Ol’ Dirty Bastard, il refait finalement surface sous le nom de Dirt McGirt. De son côté, Method Man tente sa chance à la télé dans une sitcom en compagnie de Redman. Le Clan est de retour au cours de l’automne 2004 avec l’album live Disciples of the 36 Chambers: Chapter 1 qui s'avère un des derniers enregistrements d'Ol' Dirty Bastard qui meurt d'une crise cardiaque en novembre 2004.

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