Ce qui est vrai dans le cas de certains groupes l’est encore plus quand on parle des Beatles. Leur succès s’explique par un solide ensemble plutôt que par des efforts individuels. Leur cohésion phénoménale s’explique par le fait qu’ils se connaissaient et jouaient ensemble depuis plus de cinq ans à Liverpool avant d’enregistrer des disques à succès. Le guitariste et jeune rebelle John Lennon craque pour le rock ‘n’ roll au milieu des années 50 et fonde the Quarrymen alors qu’il est encore à l’école secondaire. Au milieu de 1957, les Quarrymen accueillent un autre guitariste en la personne de Paul McCartney qui entraîne plus tard un de ses amis, George Harrison, lui aussi guitariste. The Quarrymen changent régulièrement de membres au cours des années qui suivent et réduisent finalement l’alignement au trio original qui mise sur les meilleurs musiciens de la formation et sur la meilleure chimie.
The Quarrymen deviennent the Silver Beatles en 1960 pour finalement devenir the Beatles peu de temps après. Stuart Sutcliffe, qui étudie au collège d’art avec John Lennon, joint la formation. Le groupe a de la difficulté à dénicher un batteur jusqu’à l’arrivée de Pete Best au cours de l’été 1960. Il passe une audition tout juste avant que la formation ne s’exile à Hambourg, en Allemagne, où elle séjourne pendant plusieurs mois.
C’est à Hambourg que les Beatles subissent leur baptême de feu. Devant jouer pendant de longues heures dans l’une des villes les plus animées du monde, le groupe doit élargir son répertoire en plus de devoir perfectionner son art et de développer un spectacle qui lui permet de garder l’intérêt de spectateurs rustres. À son retour à Liverpool, le groupe devient la formation la plus populaire de la scène locale. Les Beatles continuent de se gagner des fans en se produisant régulièrement dans la région du Mersey, surtout au légendaire Cavern Club qui fait leur renommée et qui se veut un véritable incubateur pour le Merseybeat.
Les Beatles retournent à Hambourg en 1961 afin de remplir certains engagements, mais Sutcliffe reste en Angleterre afin de terminer ses études. C’est à ce moment que Paul McCartney décide de jouer de la basse, que Harrison devient le guitariste principal et que Lennon prend le contrôle de la guitare rythmique. Une constante demeure, tout le monde chante. Au milieu de 1961, le groupe enregistre un premier album alors qu’il se trouve toujours en Allemagne, mais il ne s’agit pas d’un album des Beatles. La formation sert plutôt de groupe d’accompagnement pour un rockeur britannique basé à Hambourg du nom de Tony Sheridan. Le groupe n’a pas fini de se développer à cette époque et la plupart des enregistrements ne font surface qu’une fois les Beatles populaires. Leur séjour hambourgeois leur donne aussi la chance de se gagner des fans au sein de la communauté artistique locale, dont la petite amie de Sutcliffe, Astrid Kirchherr qui leur suggère de changer leur look et d’adopter une nouvelle coupe de cheveux qui deviendra leur marque de commerce.
À la fin de 1961, la popularité débordante des Beatles sur la scène locale attire l’attention du gérant d’un disquaire local. Brian Epstein devient rapidement le gérant de la formation. Il se sert de ses nombreux contacts afin d’obtenir une audition chez Decca Records, le 1er janvier 1962. Après des semaines d’attente, Decca rejette les Beatles tout comme de nombreuses autres étiquettes britanniques. Comme un malheur ne vient jamais seul, l’ex-Beatle Sutcliffe meurt en avril 1962 des suites d’une hémorragie cérébrale.
La persévérance d’Epstein finit par payer alors qu’il décroche une audition avec le réalisateur George Martin de Parlophone, une filiale d’EMI. Martin décide d’offrir un contrat au groupe. Epstein entreprend alors de préparer ses ouailles pour le succès national en polissant leur image, leur proposant des vestons et des cravates pour remplacer leurs vestons de cuir et leurs pantalons décontractés.
Avant même d’enregistrer un premier album, les Beatles congédient le batteur Pete Best, une décision controversée encore aujourd’hui. On ne sait toujours pas si cette décision a été motivée par sa nature solitaire et imprévisible, la jalousie des autres causée par sa grande popularité auprès des fans, ses difficultés à la batterie (George Martin a déjà dit à Epstein que Best n’était pas suffisamment bon pour enregistrer), ou son refus de se conformer au look du groupe.
L’option la plus plausible reste encore son manque de compatibilité avec les autres membres du groupe qui décident de confier les tambours à Richard Starkey, alias Ringo Starr, qui évoluait avec Rory Storm & the Hurricanes. Starr n’est avec les Beatles que depuis quelques semaines quand ils enregistrent un premier simple, « Love Me Do/P.S. I Love You » qui paraît en septembre 1962. Les deux pièces du 45-tours sont signées Lennon-McCartney, le duo d’auteurs qui signe presque toutes les compositions des Beatles.
Le simple qui se veut prometteur, quoique rudimentaire, atteint le Top 20 britannique. Ce n’est cependant qu’avec la parution de « Please, Please Me » qui atteint le sommet du palmarès au début de 1963 que le phénomène Beatles prend réellement son envol. Il s’agit d’un simple typique de l’invasion britannique avec une mélodie infectieuse, des guitares frondeuses et des harmonies exubérantes. On retrouve les mêmes caractéristiques sur le simple suivant, From Me to You » (un autre numéro un) et sur leur premier album « Please, Please Me » qui occupe le premier rang du palmarès britannique pendant pas moins de 30 semaines, conférant aux Beatles le statut de groupe rock ‘n’ roll le plus populaire de tous les temps en Grande-Bretagne.
Les Beatles accomplissent cet exploit en fusionnant les éléments qu’ils préfèrent dans le rock et la pop. Depuis les premiers jours des Quarrymen, ils s’immergent dans la musique d’Elvis, Buddy Holly, Chuck Berry, Little Richard, Carl Perkins et les Everly Brothers tout en gardant une oreille attentive sur le travail des artistes Motown. De plus, ils possèdent un jugement inégalé pour l’écriture, une approche particulière des guitares et l’incarnation de l’énergie typique de leur génération. Ils sont aussi inégalés pour l’éclectisme de leurs compositions qui intègrent des éléments du blues, des standards populaires, du gospel, du folk ou de tout autre genre jugé compatible avec leur vision musicale. Le réalisateur George Martin s’avère être l’homme de la situation en raffinant leurs idées sans en changer l’esprit de départ. Au cours de la deuxième moitié de leur carrière, Martin devient essentiel grâce à son talent pour traduire leurs concepts en des arrangements qui requièrent une orchestration complexe faisant appel aux nouvelles technologies d’enregistrement et un échantillon d’instruments sans cesse grandissant.
De plus, les Beatles ne font de pas de sur-place et n’ont pas tendance à étirer la sauce. Chacun de leurs albums démontre une nette croissance artistique sans pour autant sacrifier les refrains accrocheurs. Déjà avec leur second album, « With the Beatles » (1963), le groupe démontre un grand talent musical et en progression drastique alors qu’ils réussissent à créer des mélodies et des harmonies encore plus recherchées tout en misant sur des arrangements complets. « She Loves You » et « I Want to Hold Your Hand » permet au groupe non pas d’être qualifié de formation populaire, mais plutôt d’atteindre le statut de véritable phénomène comme il ne s’en est jamais vu en Grande-Bretagne auparavant, chacun des simples s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires. Après quelques apparitions à la télévision nationale, la Beatlemania s’empare du pays à la fin de 1963 alors que le groupe sème cris et hystérie collective partout sur son passage.
Capitol, qui avait droit de refus sur les enregistrements des Beatles en territoire américain, rejette initialement les premiers simples du groupe qui se retrouvent sur de petites étiquettes indépendantes. Capitol décide toutefois d’exercer son option sur « I Wanna Hold Your Hand » qui grimpe rapidement au sommet du palmarès, seulement quelques semaines après sa sortie, le 26 décembre 1963. L’apparition des Beatles au célèbre « Ed Sullivan Show » en février 1964 déclenche la Beatlemania de ce côté-ci de l’Atlantique et la folie s’en trouve décuplée. Au début d’avril 1964, les Beatles sont auteurs des cinq pièces les plus vendues aux États-Unis, en plus d’occuper le premier et le second rang pour ce qui est des ventes d’albums. Personne n’avait encore exercé une telle domination dans le marché de la musique populaire. Les Beatles vont continuer d’atteindre le sommet du palmarès autant du côté des simples qu’au chapitre des albums et ce, jusqu’à leur séparation en 1970.
Cela peut être difficile à croire, mais à l’époque les Beatles sont considérés comme une mode passagère par les observateurs du monde culturel qui estiment qu’ils vont disparaître aussi vite qu’ils ont inondé le marché. Le groupe s’assure de faire taire ses détracteurs en lançant « A Hard Days Night » en 1964. Il s’agit d’une comédie musicale dans la veine du cinéma-vérité qui permet à la formation de cimenter son image de « Fab Four », c’est-à-dire des gars joyeux, indépendants, drôles et amusants qui débordent d’énergie. La bande originale du film remporte un succès monstre grâce aux succès composés par le duo Lennon-McCartney, dont « And I Love Her », « If I Fell », « Can’t Buy Me Love », « Things We Said Today » et bien entendu, la pièce-titre. La guitare électrique à douze cordes de George Harrison ne laisse personne indifférent et convainc même the Byrds qui, jusque-là, versaient dans le folk, de faire le plongeon rock ‘n’ roll ce qui fait en sorte que les Beatles contribuent largement à l’explosion folk-rock de 1965. Leurs succès aux USA permet également à d’autres artistes britanniques de s’y faire une niche, c’est notamment le cas des Rolling Stones, the Animals et des Kinks.
Malgré des tournées internationales qui causent des émeutes un peu partout au cours de 1964 et 1965, les Beatles continuent de produire des albums et des simples qui atteignent les plus hautes marches du palmarès. La critique fait toutefois dure envers « Beatles for Sale » (fin de 1964) et « Help! » (milieu de 1965) en soutenant qu’il s’agit des disques les moins impressionnants du quatuor. La vie en tournée et des fans insatiables commencent à gâter leur aptitude à écrire ce qui fait en sorte que certaines reprises et pièces originales se retrouvant sur ces disques, bien que brillantes selon le standard de la majorité des groupes, ne servaient qu’à faire du remplissage une fois comparées aux meilleurs titres des Beatles.
Le groupe continue néanmoins de foncer tête baissée et pond des pièces comme « I Feel Fine » et « Ticket to Ride » qui comportent des techniques de guitare qui seront plus tard reprises par des groupes comme the Byrds. Avec des pièces comme « Help! » et « Yesterday », les Beatles montrent un nouveau côté qu’un ne leur connaissait pas alors que John Lennon rappelle parfois Bob Dylan dans son style d’écriture.
Bien que « Help! », le second film des Beatles, soit beaucoup moins sérieux et résolument moins sophistiqué que son prédécesseur, il remporte un énorme succès. Les Beatles n’ont cependant plus rien à prouver sur le plan commercial et le seul défi qui demeure à leur portée est de repousser leurs frontières artistiques en studio. Ils en profitent au maximum en 1965 avec « Rubber Soul ». Au niveau des textes, Lennon, McCartney et même George Harrison (qui écrit de plus en plus) dépassent les cadres des relations garçon-fille pour évoquer des scénarios plus complexes inspirés de leurs sentiments. Ils repoussent également les limites du travail en studio en créant de nouvelles textures de guitares et de basse sur la base d’expérimentations avec la distorsion et l’enregistrement multi-pistes en plus d’utiliser des instruments non conventionnels comme la sitar.
« Rubber Soul » tranche avec les œuvres précédentes du groupe, mais ce n’est qu’un avant-goût de ce que les Beatles réservent à leurs fans au cours des années suivantes. Sur le simple « Paperback Writer/Rain », le groupe abandonne son habituel thème romantique pour mettre l’accent sur la basse comme jamais auparavant en plus de s’amuser avec le son psychédélique et des messages inversés sur la face B. À cette époque, les Beatles utilisent la drogue afin de s’inspirer et de stimuler leur imagination déjà très fertile. Ils se sentent toutefois contraints dans leur créativité en raison de leurs nombreuses tournées. « Revolver », lancé au cours de l’été 1966, montre ce que le groupe peut faire quand on lui laisse le temps de s’exprimer en studio. On y retrouve des guitares atmosphériques, des arrangements vocaux plus consistants et des textes plus ambitieux. L’éclectisme du groupe lui permet de faire le tour du jardin en partant des refrains accrocheurs comme « Yellow Submarine » jusqu’aux mises en scène appuyées sur un quatuor à cordes comme c’est le cas sur « Eleanor Rigby » en passant par tourbillons d’inspiration indienne comme le démontre « Tomorrow Never Knows ». Certains se plaignent de ce que les Beatles aient abandonné leurs racines rock d’antan pour un style plus stylisé. Malgré tout, « Revolver » obtient également un succès international.
Depuis quelques années, les concerts deviennent presque un supplice pour les membres du groupe qui en ont assez de devoir rivaliser avec un public qui enterre continuellement ses prestations. La situation se fait particulièrement alarmante lors d’une tournée mondiale qui se déroule au cours de l’été 1966. L’entourage du groupe se fait attaquer aux Philippines après avoir boudé la reine. De plus, un commentaire anodin de John Lennon disant que les Beatles se font plus populaires que Dieu déclenche une sorte de chasse aux sorcières au cours de laquelle des disques du groupe sont brûlés partout à travers le sud des USA qui réclament des excuses officielles. Leur dernier concert de la tournée américaine donné à San Francisco le 29 août 1966 sera le dernier devant un public payant puisque le groupe décide de se concentrer sur son travail en studio.
Il s’agit d’une décision radicale, voire sans précédent, et les médias commencent à spéculer que le groupe est au bord de la séparation surtout parce que les quatre membres passent la deuxième moitié de 1966 à travailler sur divers projets qui n’ont rien à voir avec les Beatles. La sortie du simple « Penny Lane »/« Strawberry Fields Forever » en 1967 anéantit toute forme de doute quant à l’avenir du groupe. Le simple est d’ailleurs cité comme étant le plus fort de l’histoire du groupe qui verse désormais dans un style résolument psychédélique, faisant usage d’orchestrations ponctuées de Melotron sans toutefois délaisser leur goût pour les mélodies accrocheuses et les textes simples.
Paru à l’aube de l’été de l’amour en juin 1967, « Sgt. Pepper » devient la trame sonore psychédélique par excellence. C’est du moins le sentiment général à l’époque alors que des critiques diront plus tard que l’album se veut un ensemble inégal qui ne tient que par un concept brillamment mis en place au moyen d’éléments multi-pistes stylisés. Quoi qu’il en soit, des millions de fans jugent qu’il s’agit de l’un des plus grands triomphes de l’histoire de la pop ou, à tout le moins, une évolution du genre en une forme d’art avec un A majuscule. En plus de faire appel à une variété d’influences, le groupe se tourne vers la musique indienne, la musique électronique d’avant-garde, le classique, le music-hall et encore plus. Quand les Beatles interprètent pour la première fois « All You Need IS Love » au cours d’une émission de télévision spéciale diffusée à travers le monde, ils sont désignés d’office comme étant les portes-paroles de leur génération, un rôle dont ils ne voulaient pas nécessairement.
Sur le plan musical, la force du groupe commence à s’effriter à un rythme étonnant. Sujet à des épisodes de dépression suicidaire, leur gérant Brian Epstein meurt d’une surdose de drogue en août 1967. Le groupe décide de se lancer dans une nouvelle aventure cinématographique avec « Magical Mystery Tour » qu’ils réalisent eux-mêmes. Manquant nettement de direction et même de professionnalisme, le film fait un flop lorsqu’il est présenté en primeur à la télévision nationale britannique, la BBC. Les médias profitent donc de la première véritable occasion que leur offrent les Beatles de les malmener publiquement. Un autre film paraît en 1968, soit « Yellow Submarine », mais le groupe n’est pas directement impliqué dans le projet autant au niveau du film que de la bande originale. Au début de 1968, les Beatles partent en Inde afin de suivre un cours de méditation transcendantale avec le Maharishi. Les médias ne manquent pas une autre occasion de taper sur le groupe alors que chacun des membres quitte avant même la fin de l’apprentissage.
Les Beatles profitent cependant de cette paix nouvellement trouvée en Inde pour composer une flopée de nouveaux titres qui se retrouvent sur « The White Album » en 1968. D’un point de vue strictement musical, l’album double est un triomphe avec l’abandon d’instruments psychédéliques pour un retour à un rock axé sur les guitares. Le groupe maintient son éclectisme, faisant d’une maîtrise étonnante des styles, que ce soit le blues-rock ou le vaudeville. Au niveau des textes, on y retrouve également certaines des meilleures pièces écrites par les Beatles comme en font foi « Hey Jude » et « Revolution ».
Bien que magnifiques, ces chansons représentent un problème pour le groupe en ce qu’elles sont très personnelles par opposition à l’esprit de corps et d’unité qui régnait auparavant. Lennon et McCartney composent leurs pièces séparément depuis un bon moment et il est assez facile de dire qui a écrit une chanson en sachant qui la chante. Par contre, par le passé, ils s’appuyaient l’un sur l’autre pour compléter chaque titre en plus d’y ajouter une touche de compétition amicale afin de s’assurer de produire la meilleure pièce qui soit. Les mélodies romantiques de McCartney et l’écriture plus acérée de Lennon se complètent donc à merveille. Mais avec le « White Album », il devient évident que chaque membre s’intéresse davantage à sa propre expression que celle du groupe, un sentiment naturel s’il en est un, mais qui ne peut que causer des difficultés.
De plus, George Harrison devient, lui aussi, un auteur et compositeur très talentueux, empreignant ses mélodies d’une légèreté cosmique. Harrison commence à être agacé par son statut de second violon et le groupe commence à se tirailler plus ouvertement en studio. Ringo Starr sur qui les Beatles peuvent toujours compter grâce à ses talents à la batterie et sa nature chaleureuse quitte même le groupe pendant quelques semaines au cours de l’enregistrement de l’album blanc. Les intérêts personnels de tout un chacun commencent également à entrer en conflit avec la dynamique du groupe comme la dévotion romantique et artistique de John Lennon pour sa nouvelle femme, Yoko Ono. Par ailleurs, l’étiquette Apple Records qui appartient aux Beatles commence rapidement à battre de l’aile en plus de devenir un véritable cauchemar organisationnel.
Il ne s’agit certainement pas des meilleures conditions pour entreprendre l’enregistrement d’un nouvel album, en janvier 1969. d’autant plus que Paul McCartney pousse ses collègues à faire un retour à la scène malgré un manque d’intérêt évident de leur part. Ils s’entendent toutefois pour enregistrer un disque qui se veut un retour à la base et qui sera enregistré « live » en studio tout en filmant les sessions d’enregistrement pour une émission spéciale qui sera présentée à la télévision. Ce plan tourne presque à la catastrophe quand Harrison, exaspéré par les tensions qui règnent au sein du groupe, décide de quitter la formation pendant quelques jours. Malgré son retour, l’idée de se produire en concert est reléguée aux oubliettes. Harrison décide de recruter le claviériste soul Billy Preston tant pour donner du coffre au son du groupe que pour alléger une atmosphère qui se fait de plus en plus lourd. Pour ajouter au contexte difficile, le groupe ne compte pas sur un grand nombre de nouvelles chansons de première classe, bien que quelques titres soient excellents. Afin d’offrir une expérience de concert acceptable pour le film, les Beatles décident de monter sur le toit de l’édifice qui abrite Apple Records, à Londres, pour offrir une prestation impromptue le 30 janvier 1969. Mais la police vient rapidement mettre un terme à ce qui s’avère être le dernier concert du groupe.
Peu satisfait du résultat de ces sessions de 1969, le groupe ne lance pas immédiatement l’album et le film, jonglant sur la façon de mixer et de distribuer le projet. Deux des meilleures chansons, « Get Back » et « Don’t Let Me Down », sont lancés en simple au printemps 1969 au même moment où les querelles intestines du groupe s’intensifient quand il est question de la gérance de la formation. McCartney veut que son nouveau beau-père, Lee Eastman, gère la carrière des Beatles alors que les autres membres préfèrent l’homme d’affaires américain Allen Klein.
C’est en quelque sorte un miracle de constater que le dernier album enregistré par le groupe, « Abbey Road », soit en fait l’un des disques où l’effort collectif est le plus évident. On y retrouve, en tout cas, certaines des mélodies et harmonies les mieux fignolées. C’est aussi le disque qui signifie l’arrivée de George Harrison à titre de compositeur à pied d’égalité avec John Lennon et Paul McCartney alors que Harrison signe deux des titres les plus populaires du groupe avec « Here Comes the Sun » et « Something ». Les Beatles continuent de progresser, mais il s’agit de la fin de la route pour eux en raison des conflits qui continuent de miner l’esprit du groupe. Lennon, qui a déjà commencé à enregistrer des pièces en solo avec des amis sous le nom de Plastic Ono Band, menace de quitter à la fin de 1969 mais on le dissuade d’en faire l’annonce.
La plupart des enregistrements de « Let It Be » demeurent inédits parce que les images des sessions seront utilisées pour faire un documentaire. Ainsi, le disque qui doit servir de bande originale est également retardé pour faire coïncider les deux. Lennon, Harrison et Allen Klein décident de demander au réalisateur Phil Spector d’enregistrer des orchestrations additionnelles en plus de faire du mixage. C’est ainsi que l’on peut lever la confusion qui règne autour du disque qui, bien qu’il ait été le dernier lancé, n’a pas été le dernier enregistré par les Beatles. La plupart du matériel se retrouvant sur « Let It Be » a été enregistré plusieurs mois avant la sortie de « Abbey Road », bien qu’il n’ait été lancé qu’une quinzaine de mois plus tard, en mai 1970.
À la sortie de l’album, les Beatles n’existent plus. De fait, aucun enregistrement en groupe n’a eu lieu depuis août 1969 et chaque membre a déjà entrepris d’autres projets alors que Lennon se consacre au Plastic Ono Band, que Harrison part en tournée avec Delaney & Bonnie, que Starr tient la vedette dans le film « Magic Christian » et que McCartney enregistre un premier disque en solo. La séparation n’est évidente que pour les Beatles car le public n’est pas au courant des sérieux problèmes de régie interne qui minent la formation depuis quelques années. C’est ainsi que l’annonce de la séparation des Beatles par Paul McCartney cause un véritable choc, le 10 avril 1970. L’annonce est d’ailleurs faite dans un communiqué de presse annonçant la sortie de l’album solo de McCartney qui indique que ce disque fait office de démission des Beatles.
Le dernier clou dans le cercueil de la formation vient quand les dates de sortie de « Let It Be » et du premier album de McCartney entrent en conflit. Le reste de la formation demande au bassiste de repousser la sortie de son opus après celle de « Let It Be », mais il refuse en plus de s’en prendre au travail de réalisation de Phil Spector, n’appréciant guère certains des arrangements comme les cordes sur « The Long and Winding Road ». Bien que McCartn"'397
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