Taima, c’est Alain Auger et Elisapie Isaac. C’est aussi l’expression d’une vision qui change selon l’angle à partir duquel on regarde une personne, une situation, une émotion, un coin de pays ou encore une culture.
Mais tout d’abord, parlons de la rencontre lumineuse qu’est celle d’Alain et d’Elisapie.
Lui : Blanc, Québécois, francophone, compositeur et musicien, issu d’une grande famille, élevé à Rouyn-Noranda en Abitibi dans le « Petit Nord ».
Elle : Autochtone, Inuk, s’exprimant en inuktitut, en français et en anglais, née d’une mère inuk et d’un père terre-neuvien, adoptée à la naissance par une famille inuit. Cinéaste, auteure-interprète, originaire de Salluit au Nunavik dans le « Grand Nord ».
Lui : ouvert à tout, curieux, enthousiaste, sociable, intéressé par la diversité culturelle, concerné par les causes sociales et environnementales, multiinstrumentiste.
Elle : rêveuse, audacieuse, intense, créative, engagée et profondément attachée à ses racines et à sa culture, concernée par l’état de son peuple, artiste multidisciplinaire.
Montréal, juillet 2000. Une exposition de photos sur le Grand Nord. Alain Auger et Elisapie Isaac sont dans la même pièce mais ne se connaissent pas. Ils se rencontrent par l’intermédiaire d’une connaissance commune. Des mains se serrent, des yeux se croisent, les noms sont échangés et on en reste là. Deux rencontres ultérieures viendront souder une amitié artistique qui ne cesse depuis de croître. La voix d’Elisapie frappe Alain en plein cœur. Il se dit qu’il vient enfin de trouver la personne qu’il cherche depuis longtemps. Même impression du côté d’Elisapie quand elle entend les musiques d’Alain. Ils se sont trouvés ! Dès lors, ils se mettent au travail, composent et enregistrent une dizaine de maquettes de ce qui sera le premier album de Taima. (anciennement appelé Taima Project)
Mais que signifie Taima ? Taima est un mot d’usage courant dans la langue inuktitut et est utilisé dans quasiment toutes les expressions. Ça veut dire : « Assez ! C’est terminé. Passons à autre chose ». Taima se veut porteur d’une vision nouvelle des relations entre les Blancs et les Inuits. Taima le temps où les peuples autochtones se sentaient inférieurs et victimes, menacés ou en voie d’extinction. Place à la fierté, à la richesse culturelle et naturelle, place à l’échange sur un pied d’égalité entre Blanc et Inuit. Taima de se taire. Place à la parole. Taima n’est pas un rejet du passé, c’est un regard résolument tourné vers l’avenir.
C’est l’action d’un peuple qui reprend sa destinée en main et compose une société où se juxtaposent les valeurs traditionnelles inuits aux changements draconiens et rapides importés par la culture du Blanc dans le Grand Nord. Taima, c’est un pont, c’est un dialogue, c’est l’ouverture sur un monde qui demeure lointain et exotique au commun des mortels.
Le 21 février, dans le cadre de la Bourse Rideau 2003, le duo remporte le prix Amériques Création-Diffusion remis par l’Office Québec-Amériques pour la jeunesse. Le 24 avril 2003, ils participent, au Lion d’Or, au concert bénéfice Arménie-Vie en compagnie de Lousnak, de Lhasa De Sela, de La Bottine Souriante, de Yann Perreau et de plusieurs autres. Puis, il se font remarquer, le 20 mai, lors d’une prestation au Sénat du Canada lors de la cérémonie d’ouverture de la Semaine de sensibilisation aux Cultures Autochtones. À l’été 2003, Taima présente son répertoire au Calgary Folk Festival et divertit le public du Tall Ship Festival de Chicago après avoir reçu une invitation spéciale du Consulat Général du Canada à Chicago. En janvier 2004, c’est l’aventure européenne qui démarre avec une participation à la première édition du festival Les Déferlantes de Pralognan-La-Valoise en France.
La sortie d’un premier disque est prévue pour le 24 février 2004 sur étiquette Foulespin Musique (Yann Perreau). Entièrement réalisé et enregistré par Michel Pépin au studio Frisson à Montréal entre juin et décembre 2003, « Taima » nous offre onze chansons qui touchent et qui font vibrer l’âme, le cœur et l’esprit. Onze univers qui voyagent entre la glace et le feu en passant par toutes les nuances que cela peut comporter, le tout dans une atmosphère tantôt planante (« Remaining For You »), charnelle (« Ilunnut »), sensuelle (« Nalligigumavagit »), et par moment abrasive (« So You Say, Hard to Be »). Les thèmes abordés sont introspectifs et touchent de près ou de loin les relations entre les hommes et les femmes, parents et enfants, blancs et autochtones, l’humain et la nature, le chaud et le froid
Alain Auger :
Élevé à Rouyn-Noranda en Abitibi, d’où ses parents sont originaires, Alain Auger est le cadet d’une famille de cinq enfants, tous fous de musique. Très jeune, il est initié à la musique visionnaire de Genesis (l’original), Pink Floyd, Yes, Rush, Supertramp, The Police, Marillion et, bien sûr, les Beatles.
À l’âge de 15 ans, il prend ses premiers cours de guitare électrique. En 1987, il entre au programme de guitare classique à l’École Vincent‑D’Indy pour apprendre à lire la musique. En 1989, à la suite d’une discussion déterminante avec son professeur de musique, il déménage à Montréal et s’inscrit au programme de guitare jazz et percussions latines. À partir de ce moment, il est continuellement stimulé et attiré par les autres cultures et entame l’exploration de son inépuisable besoin de diversité.
Il passe trois ans au Cégep de Saint‑Laurent et, la dernière année, il fait le programme intensif d’arrangements jazz pour Big Band. En cours de route, Luc Boivin le recrute pour faire partie du collectif de percussions El Extasis.
Un des premiers éléments déclencheurs dans sa carrière de compositeur demeure la première fois qu’il a vu le film « Le Grand Bleu » du réalisateur Luc Besson. La complicité entre l’image et la musique le fascine et lui donne le goût d’associer son art à un autre. Par la suite, il compose la musique de la pièce de théâtre « Jacques et la soumission » d’Ionesco, présentée par la troupe de théâtre du Cégep de Saint‑Laurent.
À la fin de ses études, il joue avec plusieurs formations de type jazz, blues, R&B, funk et latin. Pendant ces années à tourner avec ces groupes, il voit le film « Baraka » de Ron Fricke et c’est le déclic. Quelque chose dans ce film rejoint sa vision du monde : la représentation de l’être humain dans des contextes opposés et en relation avec son environnement. À ses yeux, dans ce film la musique joue un rôle, crée une ouverture totale, transporte et abolit toutes frontières, le tout sans qu’un seul mot ne soit prononcé.
Une décision éclair ! Un virage à 180 degrés. Fatigué du circuit des bars, sentant qu’il plafonne, il se retire et investit deux ans de son temps dans son studio afin de définir sa démarche musicale et de monter une bande démo pour musique de films. Ainsi, tout lui semble possible musicalement : la liberté artistique, le mélange des genres, les oppositions, l’exploration, l’expression de sa philosophie de vie concernant l’humanité : participer à faire un monde meilleur.
Sa première chance, il l’obtient via Pam Grier, actrice noire américaine (« Jackie Brown » de Quentin Tarentino) et collaboratrice de longue date de Quincy Jones, rencontrée sur le plateau de tournage du film « Strip Search » de Rod Hewitt. Alain lui fait écouter un démo. Elle adore et file une copie au réalisateur qui, à son tour, apprécie le travail d’Alain. Hewitt lui commande des musiques pour « Strip Search ». Ils collaborent une seconde fois sur le long métrage « Back to Even » entièrement produit à Los Angeles.
Entre 1996 et 2002, Alain compose une douzaine de musiques de films, ainsi que plusieurs thèmes pour la télévision, la publicité, la radio et le théâtre.
Cependant, il s’était toujours dit qu’un jour il reviendrait à la scène, mais seulement pour un projet personnel. Pendant toutes ces années, Alain reste à l’affût afin de trouver la bonne personne pour composer des chansons avec lui. La rencontre avec Elisapie a été comme un flash pour lui. Quand il l’a entendue, il s’est dit : « C’est elle ! ».
En 2001, en tant que membre de l’ONG Club 2&albid=3, Alain participe à une mission d’aide humanitaire au Sénégal pendant trois mois. C’est à son retour d’Afrique que Taima a véritablement pris son envol.
Elisapie Isaac :
Elisapie Isaac est adoptée à la naissance par une famille inuit et élevée selon cette culture tout en gardant un contact privilégié avec ses parents biologiques. Ce mélange des genres lui donne très jeune le goût du voyage, du risque et surtout, l’envie d’exprimer cette dualité qu’elle porte en elle.
C’est donc dans cet environnement aux grands espaces, au froid intense, aux contrastes culturels qu’Elisapie apprend à rythmer sa vie sur celle des saisons migratoires des oiseaux, de la chasse, d’un soleil qui ne se couche plus ou qui tarde trop à se lever, entre la tradition ancestrale et le monde contemporain. Un équilibre fragile avec lequel Elisapie trouve sa voie : celle de la communication.
Dès l’enfance, la musique fait partie de sa vie. Elle interprète tous les jours les chants et les hymnes religieux appris à l’église et sa mère la fait répéter régulièrement afin qu’elle ne les oublie pas. À 14 ans, son oncle lui propose de faire partie du Salluit Band (groupe de folk-rock-gospel qui existe depuis les années 60 et qui tourne encore) à titre de choriste. Mais à l’époque, Elisapie ne rêve pas encore de devenir une chanteuse. C’est pourquoi quelques années plus tard, elle met de côté la musique pour se consacrer à ses activités reliées aux communications.
À 15 ans, elle produit et anime une émission de radio pour les jeunes, diffusée par le réseau radiophonique TNI à Salluit. Durant les étés, elle occupe plusieurs emplois comme animatrice et journaliste d’émissions de télévision. Elle est également agent de liaison et conseillère auprès des jeunes à Salluit et à Kuujjuaq.
Puis c’est la production cinématographique qui l’appelle. En 1999, Elisapie décide de venir à Montréal pour étudier les communications au Cégep John Abbott. En 2000, elle participe, à titre de journaliste et d’animatrice, à la production d’un documentaire sur les peuples du cercle polaire intitulé « Peoples of the Circumpolar » produit par la société de production inuit TPI. La production de ce documentaire la conduit à visiter plusieurs pays du cercle polaire, dont la Norvège, la Sibérie, le Groenland, l’Alaska et le Grand Nord canadien. Cette expérience s’avère déterminante pour elle et lui insuffle le besoin d’exprimer son attachement profond pour la culture inuit par le biais de l’art.
La musique folk a toujours eu une grande influence pour Elisapie. Elle apprécie particulièrement l’émotion et la sensation d’intimité qu’elle procure. Ce goût marqué pour ce genre la motive à recommencer à chanter, à écrire des textes et à rechercher un partenaire pour créer des chansons. Elle rencontre Alain Auger pour la première fois en juillet 2000.
En 2001, elle remporte le quatrième concours « Cinéaste autochtone » tenu par l’Office national du film du Canada (ONF), ce qui lui permet de réaliser un court métrage intitulé « Sila piqujippat (Si le temps le permet) », dont la première mondiale a lieu en mars 2003. Depuis sa sortie en mars 2003, Elisapie a présenté son film à Trouville en France, à New York, au festival Sundance 2004, à Montréal, à Toronto, à Terre-Neuve, au Nunavik, et s’est méritée le prix Rigoberta Menchu Tum au Festival Présence Autochtone en septembre 2003.
La simplicité et l’authenticité sont au cœur de son processus de création. Dans ses textes et son interprétation, Elisapie livre les émotions d’une femme qui se sent liée aux êtres et aux choses au plus profond de sa chair, de son âme. La vie rythme, l’amour nourrit toute chose, le cœur parle la langue des sages de son coin de pays et la mère est originelle.
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