À la fois professeurs de langue et big band hollywoodien, le «petit orchestre» de Portland en Oregon a été lancé en 1994 par Thomas M. Lauderdale, un diplômé de Harvard et pianiste de formation classique, pour participer à des événements de financement au profit de causes sociales tels la promotion des droits civiques, le logement abordable et la télévision publique. China Forbes joint le groupe en 1995 et au cours des années suivantes, Pink Martini poursuit sa route pour interpréter son répertoire polyglotte, en partageant parfois la scène avec des orchestres symphoniques, à travers l'Europe, en Asie, en Grèce, en Turquie, au Liban, au Canada et aux États-Unis.
Lauderdale avait rencontré la captivante chanteuse China Forbes alors qu'ils étudiaient tous deux à Harvard, lui en littérature et en histoire et elle, en arts visuels, en littérature anglaise et en théâtre. Tard la nuit sur le campus, on pouvait entendre Forbes chanter des arias de Verdi et Puccini accompagnée au piano par Lauderdale. Ce n'est que plusieurs années plus tard qu'il a réussi à convaincre Forbes de quitter New York, où elle composait et jouait de la guitare pour un groupe de folk rock, pour rallier Pink Martini à Portland. Ils ont commencé à écrire ensemble des chansons pour le groupe. Au fil de l'évolution de Pink Martini, qui raffinait ses champs d'intérêt musicaux et son répertoire, Lauderdale a sollicité de grands musiciens, certains issus d'orchestres symphoniques, et Pink Martini est passé d'un quintette à une formation de douze membres.
Aussi à l'aise sur les grandes scènes que dans les petits cabarets enfumés, Pink Martini attire un public des plus variés. L'ensemble a fait ses débuts européens au Festival international du film de Cannes et a joué pour la première fois avec un orchestre, l'Oregon Symphony, en 1998 sous la direction de Norman Leyden. Depuis, Pink Martini s'est produit avec des formations symphoniques partout au pays, notamment pour quatre soirées avec les Boston Pops en 2005, de multiples concerts avec le Hollywood Bowl Orchestra en 2000, deux concerts avec le Los Angeles Philharmonic et Sergio Mendes en 2002 et deux soirées en tête d'affiche avec le Los Angeles Philharmonic en 2005. Pink Martini a participé à d'autres spectacles d'envergure: l'inauguration du prestigieux Walt Disney Concert Hall du Los Angeles Philharmonic conçu par Frank Gehry; des concerts à guichets fermés pour les réveillons du Nouvel An de 2003 et 2004; la fête inaugurale du Museum of Modern Art de New York, le Kennedy Center et lors du centième anniversaire de l'agence William Morris avec la légende du soul Al Green.
Sympathique, le premier album de Pink Martini lancé en 1997 sur leur propre étiquette, Heinz Records (du nom du chien de Lauderdale) atteint rapidement le statut de phénomène international; il a été mis en nomination dans les catégories Chanson de l'année et Révélation de l'année aux Victoires de la Musique en France. Le très attendu deuxième disque, Hang on Little Tomato, lancé sept longues années plus tard, a accédé dès sa sortie au premier rang du palmarès d'Amazon.com.
LA MUSIQUE
«Nous sommes un peu des archéologues de la musique, nous assemblons des mélodies et des rythmes de différentes régions du monde pour créer quelque chose de moderne », explique Thomas M. Lauderdale, pianiste et fondateur du groupe. «C'est comme un film de voyage dans la musique urbaine [...] et je pense qu'à titre de citoyens du monde et, dans un certain sens, d'ambassadeurs musicaux des États-Unis, nous devons toujours nous efforcer d'étudier les langues, les coutumes et l'histoire d'autres pays. Nous sommes sans équivoque un orchestre américain, mais nous passons beaucoup de temps à l'étranger, en Europe, en Turquie, au Liban et nous avons donc la possibilité de démontrer que les Américains ont vraiment l'intention d'engager le dialogue avec le reste du monde.»
«L'un de nos objectifs est de faire de la musique qui plaît à des gens très différents, peu importe qui ils sont et d'où ils viennent. Nous jouons la même musique peu importe l'endroit, que nous soyons dans un village agricole en Oregon, en France, en Turquie ou sur la scène avec un orchestre symphonique. La musique devrait être comme un dîner réussi : je ne veux pas toujours côtoyer des gens qui partagent mes opinions. Chacun de nous veut assembler une tapisserie des différentes influences dans nos vies. C'est ce qui rend la vie beaucoup plus intéressante. Chaque jour est une aventure. »
«Nous voulons créer un décor musical exquis que l'on peut installer à volonté et écouter à n'importe quelle occasion, en sourdine lors d'ébats amoureux et même en faisant le ménage, poursuit Lauderdale. Je crois que nos belles mélodies et nos jolies paroles donnent aux gens le goût de se remettre à chanter et à danser. Nous savons qu'il y a beaucoup de tristesse dans le monde, mais notre musique est tout à fait romantique et exprime l'espoir et notre optimisme indéfectible.»
Chantées avec une grâce sensuelle par China Forbes, les douze pièces finement écrites de Hey Eugene! constituent un voyage sonore habilement écrit et démontrent le talent irréprochable de Pink Martini pour le cabaret. Le disque paraît en septembre 2007. Tout l'album se démarque: des mélodies de l'âge d'or d'Hollywood comme Everywhere à la chanson de cabaret français intitulée Ojala. D'autres collaborations complètent le disque. Maya, la soeur de China Forbes, a coécrit Dosvedanya, Mio Bombino où le rythme latino-russe met en valeur un thème universel, et Forbes et Lauderdale ont créé la chanson sexy City of Night. Le percussionniste péruvien Martin Zarzar entame le romantique et complexe Mar Desconocido. Il s'agit d'une chanson tirée d'un film de Pedro Almodovar, avec un extrait d'une valse de Chopin au beau milieu, explique le fondateur du groupe.
Pink Martini plonge aussi dans le passé à la recherche de trésors oubliés, notamment la chanson en japonais Taya Tan, une reprise envoûtante (évoquant le cinéma noir nippon du début des années 1970) du grand succès de Saori Yuki au sujet d'un homme qui souhaite être la guitare dont joue sa maîtresse. Le Jefferson High School Gospel Choir joint Pink Martini pour Tempo Perdido, la chanson composée en 1934 par le célèbre compositeur Ataulpho Alves pour Carmen Miranda. Il s'agit d'une samba passionnée et triste sur la fin d'un amour. «Nous aimons jouer sur scène et enregistrer des chansons du passé lorsque nous croyons avoir quelque chose de neuf à y apporter, explique Lauderdale, et Tempo Perdido est un trésor oublié.»
Bukra wba'do est la première chanson qu'ils interprètent en arabe: «Le titre signifie demain et le jour d'après et il parle de l'anticipation avant un premier rendez-vous galant. Notre grand ami le Docteur Dirgham Sbait qui enseigne à la Portland State University a aidé China, les autres membres de l'orchestre et les 25 citoyens de l'Oregon qui chantent dans la chorale avec la prononciation arabe. Nous avons été inspirés par l'idée d'une réunion de village, mais en arabe, ce qui est approprié dans notre situation puisque lorsque George Bush père était président, il surnommait Portland le petit Beyrouth parce que nos manifestations étaient toujours les plus grosses. Notre version de cette chanson d'Abdel Halim Hafez rappelle ces chansons de Bollywood: un croisement du film Lawrence d'Arabie avec une comédie musicale en technicolor.»
Le lyrisme raffiné de la pièce titre du disque écrite par Forbes (au sujet d'un garçon rencontré lors d'une fête qui ne l'a jamais rappelée) atteint presque la perfection pop. Elle est devenue une des préférées du public en spectacle.
Enfin, pour Tea for Two, dernier titre de l'album, la légende de jazz Jimmy Scott participe à un duo vocal stupéfiant avec Forbes. La chanson avait été composée par Vincent Youmans et Irving Caesar en 1925 pour la comédie musicale No, No, Nanette. Lauderdale dit de Scott: «Il a maintenant 81 ans. Il a inspiré tous les grands chanteurs, de Frank Sinatra à Aretha Franklin et Michael Jackson. Il était le chanteur préféré de Billie Holiday. Sa vie a été tellement triste à plusieurs égards: la mort tragique de sa mère alors qu'il avait 13 ans, le syndrome de Kallman, la façon dont l'industrie de la musique l'a exploité? Malgré ces revers, Scott a toujours conservé sa joie de vivre et son optimisme et a même fait un retour sur scène au début des années 1990. Il est mon chanteur préféré de tous les temps, alors vous pouvez imaginer comme j'étais heureux lorsque j'ai trouvé son numéro de téléphone dans le bottin. L'enregistrement de Tea for Two a été l'un de mes moments préférés avec l'orchestre. C'est une adorable berceuse toute simple.»
Source: Disques Audiogram
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