Réglons quelque chose tout de suite, 808s & Heartbreak est comme les olives, on aime ou on n’aime pas. Après trois albums résolument hip-hop, Kanye West offre cette galette un peu difficile à décrire qui surfe en quelque part entre le R&B, le trip-hop, le soul et le hip-hop. Ça sort du champ gauche pour reprendre une expression anglophone. Faut dire que West a connu une année difficile, perdant sa mère et se séparant de sa copine, Alexis Phifer. 808s est surtout un album de rupture avec des titres révélateurs comme Say You Will, Welcome to Heartbreak, Heartless ou Love Lockdown. Ça transpire la peine d’amour sur des rythmes ambiants et vaporeux. Il cède aussi une place à sa mère, Donda, sur Coldest Winter dans laquelle il chante sa tristesse. Disons que c’est assez maigre sur le plan du bonheur, mais on remarque tout de même des sonorités plus enjouées sur Robocop. Street Lights, avec sa guitare diaphane, offre un côté de West que l’on connaissait moins puisqu’il se donne la peine de chanter sans masquer sa voix à l’aide d’Auto-Tune. Cela dit, si on peut lui reprocher de trop utiliser cette technologie, on doit au moins avouer qu’il l’utilise bien pour donner plus de texture et de nuance à sa voix. Cette balle courbe est une demi réussite pour plusieurs et même un échec pour d’autres, mais en définitive, on ne peut que constater que West a su se réinventer de façon inédite et efficace. Le seul reproche que l’on puisse réellement lui faire est qu’il est trop morose. On lui souhaite donc de retomber rapidement sur ses pattes.
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