Il y dix ans, elle assurait la première partie des Ramones après avoir gagné avec son groupe punk-rock un concours de type « battle of the bands » organisé dans sa ville natale, au Canada. Une décennie plus tard, la voilà qui sort un disque en solitaire, propulsée sur le devant de la scène. Entre-temps, l’étudiante est devenue une musicienne aguerrie. Entre-temps, Feist a multiplié les aventures, avant de poser sa voix et ses bagages à Paris. C’est un peu tout cela, tous ceux rencontrés aussi, que raconte entre les lignes cet album du genre inclassable, au style inimitable. Feist n’est pas nostalgique, elle ne retourne pas sans cesse sur son passé. Voilà ce que chante et déchante cette voix subtile à satiété, versatile à souhait.
L’album « Let It Die », une histoire de chansons qui traversent les époques, qui ne cherchent pas à coller à tout pris à l’actualité, qui sait bien ce que c’est au-delà des histoires de mode que l’on écrit son originalité, qu’on inscrit son nom, qu’on se construit un son. Ni branchée, ni déconnectée, cette voix-là a juste le talent de suivre sa voie, de faire confiance à ses accents différents : entre le middle of the road et le borderline, elle chemine sur cette fine bande passante, là où se retrouvent les plus belles réussites artistiques, de celles qui riment d’emblée avec classiques. Pour en cerner les contours et détours, il faut donc en revenir au parcours atypique de cette jeune femme qui a touché à tous les instruments ou presque, mais qui déteste les athlètes de la musique.
À l’adolescence, au milieu des années 90, elle a donc fait partie d’un groupe qui a ouvert pour les Ramones et pour Jesus Lizard. Tendance punk pour un temps. Elle a également tâté de la batterie dans une formation spécialisée dans les reprises de AC/DC. En 1999, elle est guitariste pour By Divine Right, groupe pop-rock à la Weezer qui assure la première partie de Tragically Hip devant des foules de plus de 20 000 personnes. Cette année-là, elle enregistre un premier album sous son nom. Puis, elle suit l’impossible monsieur Gonzalez en tournée pendant deux ans. Ayant été la colocataire de Peaches pendant l’enregistrement « The Teaches of Peaches », Feist y a prêté ses yeux pour la pochette et sa voix pour les chœurs. Elle participe aussi au nouvel album de King of Convenience. Décidément difficile de la suivre, même si l’on voit bien où elle veut en venir. C’est ainsi qu’elle s’est bâti une identité à part sur la cartographie du monde sonore : insituable et insaisissable, à l’image de sa personnalité, faussement hésitante de prime abord, vraiment séduisante dès lors. C’est ainsi qu’elle a ébauché entre deux dates des titres bien ficelés, guère plus d’une dizaine, mais de quoi promettre dès aujourd’hui des lendemains qui swinguent autrement, d’un zeste délicat. À ses côtés, celui qu’elle surnomme d’un affectueux Gonzo et Renaud Letang. Entre les trois, une réelle complicité est née, une intimité faite de sentiments partagés et d’arrangements peaufinés. Cela s’entend, ceux-là s’écoutent.
Soul, blues, folk, jazz, Feist puise à toutes les sources d’aspiration, tout elle varie les climats et les formats : guitares électriques, puis claviers à l’ancienne, rythmique svelte puis plus alanguie, sonorités cristallines puis timbre plus rustique, en version dépouillée ou versant plus orchestré. Qu’importe le matériau, elle trouve toujours le bon tempo, celui qui colle à la peau. Billie Holliday, Etta James, Nick Drake, Dusty Springfield, Leonard Cohen, Eric Satie, PJ Harvey, Fleetwood Mac… Ils sont nombreux ceux dont elle aime citer l’influence. À commencer par l’écriture de Carole King et la voix de Dionne Warwick quand elle illumine les visions de Burt Bacharach. Pour autant, inutile de vouloir à tout prix la mesurer, futile de la comparer à ses icônes. Elle les admire trop pour ne jouer que la copie conforme et décalquée. Non, cette collection de chansons ressemble juste à Feist, personnalité que l’on pressent aussi forte et affirmée, suffisamment pour s’épargner les clichés, pour parler vrai, au-delà du voile des apparences.
Source : Site officiel
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