David Bowie, le caméléon musical qui s'adapte à chaque nouvelle mode. Cette analyse quelque peu réductrice saisit tout de même l'essence du personnage qui, tout au long des années 70, la période la plus productive de sa carrière, a su démontrer une habileté extraordinaire à flairer le vent du renouveau musical.
Ayant appris à jouer du saxophone à l'école secondaire, le jeune David Jones débute sa carrière en jouant au sein de plusieurs groupes mod au milieu des années 60. Le succès international de Davy Jones, chanteur des Monkees, pousse David à changer de nom: il devient David Bowie. C'est sous ce nom qu'il enregistre son premier album, de style cabaret, qui fait bien peu de vagues. Il s'intéresse ensuite au bouddhisme et étudie l'art du mime. Il refait surface en 1969 avec toutes les apparences d'un chansonnier hippie; il lance alors l'album Man of Words, Man of Music, qui lui donne son premier succès, Space Oddity (dont l'album prendra plus tard le titre, à sa réédition).
Sa percée internationale viendra en 1972, avec l'album et la tournée Ziggy Stardust and the Spiders From Mars. Il aura auparavant démontré sa capacité à réinventer son personnage et son style en enregistrant un album précurseur du heavy metal, The Man Who Sold the World, et un album pop-rock, Hunky Dory. En 1972, c'est l'année du glam rock, et le personnage de Ziggy Stardust, sexuellement ambigu, vêtu de paillettes et aux cheveux flamboyants, fait de Bowie la seule vraie star internationale du genre. La déclaration publique de sa bisexualité vient renforcer l'attrait du personnage... et le succès des albums Ziggy Stardust et Aladdin Sane. Sa cote étant à la hausse, il réalise des albums pour Lou Reed, Iggy Pop & the Stooges et Mott the Hoople.
Mais Bowie ne saurait rester en place très longtemps. Au milieu des années 70, il se lance dans ce qu'il nomme le «plastic soul», une version élégante et sophistiquée du soul de Philadelphie, qui se transforme peu à peu en pop avant-gardiste. Avec la sortie de l'album Station to Station en 1976 naît son nouveau personnage, le Thin White Duke, reflétant la paranoïa qui l'envahit à cause de sa forte consommation de cocaïne. Bowie habite alors Los Angeles; il entame une carrière cinématographique en jouant le rôle titre du film The Man Who Fell to Earth. Peu de temps après, cependant, il déménage à Berlin pour faire le point.
Suit une période extrêmement fructueuse pour Bowie. Influencé par des groupes électroniques allemands tel Kraftwerk, il enregistre trois albums expérimentaux en collaboration avec Brian Eno: Low, Heroes et Lodger. Il réalise deux albums clés pour Iggy Pop, Lust for Life et The Idiot, partage l'écran avec Marlene Dietrich dans Just a Gigolo et se lance dans une nouvelle forme d'expression, le vidéoclip. Avec les clips de Fashion et Ashes to Ashes, les deux extraits de l'album Scary Monsters, lancé en 1980, il définit les règles du genre.
Abandonnant l'avant-garde pour le dance-pop, Bowie enregistre la pièce Under Pressure avec le groupe Queen et lance l'album Let's Dance, qui devient son plus grand succès en carrière. Il sombre cependant dans une panne créative à la suite de la tournée Serious Moonlight. Ses albums suivants déçoivent tant les critiques que le public, et il passe le reste des années 80 à vivre de ses vieux succès.
Cherchant à rajeunir tant son image que sa musique, Bowie s'inspire d'une nouvelle vague de musique dissonante et abrasive menée par Sonic Youth et Pixies, et décide alors de tenter l'aventure du groupe rock. Il forme donc Tin Machine, qui laisse tout le monde indifférent et disparaît après deux albums. Mais l'aventure n'est pas terminée: Bowie réussit à nouveau à se réinventer, cette fois en père de l'alternatif. Une nouvelle génération puise à son tour son inspiration des différentes phases de la carrière de Bowie, et des musiciens tel Trent Reznor, de Nine Inch Nails, participent à la renaissance de sa carrière. C?est alors qu'on voit la sortie des albums Outside, enregistré avec le collaborateur d?autrefois, Brian Eno, Earthling, avec ses textures drum'n'bass et techno, et le plus récent, Hours.
Même pendant la période creuse de Bowie dans les années 80, alors qu'il est quelque peu tombé dans l'oubli, son influence sur la musique rock s'est toujours faite sentir. Chacune de ses périodes musicales des années 70 a donné naissance à bon nombre de sous-genres, dont le punk, le new wave, le rock gothique, le néo-romantisme et l'electronica. Combien d'autres artistes peuvent se vanter d'avoir eu un tel impact?
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