Virtuose dans le fond et dans la forme, ce jeune rappeur est l’exception, celui que rien n’atteint, qui étonne à chaque ligne et place chacune de ses livraisons au sommet. Il sort aujourd’hui « Ouest Side », un troisième album solo servi par une plume impeccable doublée d’une production audacieuse.
Originaire de Boulogne, où il début en 1994 au sein de Beat 2 Boul puis de Time Bomb, Booba est entré sans frapper en gravant, en 1996, « Le crime paie », morceau décisif, cosigné par Ali avec lequel il forme Lunatic. Avec son équipe, il transforme l’essai en créant le label 45 Scientific qui publie « Mauvais œil », unique album du duo, certifié or indépendant. Il y a eu un avant et un après Lunatic.
En 2002, il remet le couvert et sort « Temps mort », l’album solo qui marque le rap français avec des titres comme « Repose en paix » et « Le bitume avec une plume ». Les critiques fusent, Booba jubile et nourrit sa plume du feu qu’il a déclenché. Flow sentencieux, métrique inédite, rimes mafieuses, Booba explose. Désormais producteur indépendant, il crée Tallac Records qui abrite son gang 92i, signe avec Universal et sort « Panthéon », un disque aventureux produit par Animalsons, Four Tracks et Skread. Soutenu sur les ondes par le simple « Numéro 10 », l’impact dépasse celui des précédents. Booba ne laisse plus personne indifférent. Les attaques fusent des quatre coins de l’Hexagone mais rien n’atteint le style unique de ce guerrier insoumis. Ce n’est pas un hasard si la prestigieuse Nouvelle Revue Française consacre, en 2003, un article à disséquer ses rimes « Ouest Side » est un titre qui signe un référence à l’Afrique de l’Ouest, au Sénégal dont il est originaire en même temps qu’à sa banlieue, 92100 Boulogne. Avec ce troisième solo, Booba confirme son avance et tire le rap français vers le haut. Il ne craint pas de prendre des risques avec « mauvais garçon », produit par le Suisse Yvan (Double Pact) qui noie un violon délicat sous des basses futuristes ou « Couleur ébène » produit par DJ Medhi à base de guitare et de rythmique rock sauvages.
Toujours épaulé par Animalsons et DJ Kore, mais également par Jaynaz (du Québec) et l’Allemand PhreQuincy et Gallegos, Booba révèle dans « Ouest Side » une autre face de son art. Avec les groupes Intouchables, Malekal Morte ou avec Mac Tyer du groupe Tandem, il pose quelques égotrips classiques d’où s’échappent un millier de thèmes, citations, résonances, références, images et plans-séquences déchiquetés.
Mais à côté de ce rap hardcore pur et dur, Booba taille aussi des chansons impeccables, manie les refrains comme il manie les billets en invitant Trade Union et Rudy dans « Au bout des rêves » ou Akon sur le dancehall « Gun in Hand ». Variant les ambiances, les styles et les invités, il dépeint le temps où « les noirs n’étaient pas à la mode » dans « Je me souviens ». « Pitbull », un titre dangereusement calme, appuyé sur un sample de Renaud (Mistral gagnant »), joue d’étonnantes associations d’idées, entre introspection et réalisme crypté. Alliant maîtrise technique, originalité textuelle et audace instrumentale, Booba ajoute une nouvelle marque à une discographie déjà brillante.Surprenant, audacieux et parfaitement produit, « Ouest Side » révèle Booba sur les terrains où on l’attendait le moins. Mélangeant chanson et égotrip, freestyel, rock, ragga, R&B et rap de rue, règlements de compte et histoire de France, au gré des rimes où tout est référence, sans caché, formule et impact, il élargit son spectre et conserve son avance. Dominant la mêlée, il ironise , danse sous les insultes comme sous les encouragements.
Source : Site officiel
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