Bénabar

Bio de
Bénabar

Déjà un nouvel album de Bénabar ? On reste surpris que le temps s’écoule si vite en sa compagnie. Un an et demi pourtant a passé depuis que le bouillonnant trentenaire nous a enchantés de ses « Bon anniversaire », « Y’a une fille qu’habite chez moi », « Vélo » et autres « Majorette ». Dix-huit mois à constater un charisme doux-amer dans lequel Henri Salvador s’est reconnu en l’invitant à effectuer ses premières parties. Plus d’une année de tournée dont chaque halte parisienne confirmait la ferveur. Café de la danse, New Morning, Elysée-Montmartre n’ont bientôt plus suffi pour une révélation comme la scène sait en offrir. À l’évidence, un Olympia n’était pas rêver trop haut pour voir se déployer le nom de Bénabar. Des légendes y ont débuté qu’un soir de triomphe validait.

Ce faux cynique mais vrai anxieux trouvait une pirouette pour déjouer le trac. Comme souvent, l’ancien auteur pour la télévision glissait sous la tension dramatique un sketch à la Buster Keaton mais dont la saveur se perdrait à trop relater. Le public ne quitta la salle qu’après s’être époumoné en rappels, bis et refrains inespérés. On pourrait dans ce sens comparer Bénabar aux plus grands. Mais ça l’agacerait : ce gars-là n’est pas du genre à se complaire.

Il y a néanmoins une hérédité dans cette façon de se donner pleinement à chaque spectacle, dans l’amitié franche qui s’installe ensuite au banquet des bistrots, dans cet appétit créatif qui revient au matin de nuits bien courtes. Avec une concentration d’artisan, Bruno Bénabar se met alors à sa table de travail (un ordinateur portable dans le bus des tournées). Et commencent les aller et retour entre le labeur et l’inspiration.
« Les Risques du métier »est-il le deuxième ou le troisième album de Bénabar ? Considérant le disque paru en 1997 sous le nom de Bénabar et Associés comme une oeuvre personnelle, on peut effectivement admettre que le nouveau Bénabar clôt un triptyque dont chaque volet affine les traits. À la manière des comédies italiennes, ce fils de régisseur dans le cinéma dévoile par l’humour une humanité épidermique. Sans tomber dans la sensiblerie, il cerne les sentiments qui opposent, contrarient et rapprochent les garçons dans leur loyale camaraderie, les garçons et les filles dans leurs chiennes amours de faïence, les filles et les garçons lorsqu’ils doutent seuls sur le bord du plongeoir. Dans un style dépourvu de joliesse, les mots de Bénabar font mouche.

Avec une autodérision rythmant une construction visuelle, ce réalisateur de courts métrages montre que la grandeur des sentiments se mesure comme l’héroïsme dans les actes minuscules du quotidien. Ne déclarait-il pas dans une interview pour son deuxième album paru en septembre 2001 : « La vue d'un verre avec deux brosses à dents m'émouvra toujours plus qu'un arbre au printemps. C'est comme ça, je ne suis pas sensible aux grandes images. » Mais avec le temps, ces blagues dont le sarcasme est la marque des vrais pudiques s’ouvrent à un registre nouveau. On ne s’attendait guère à entendre Bénabar exprimer à la première personne les souvenirs d’une fille banale ayant éveillé au lycée la sexualité crâne et primaire des « petits hommes des cavernes ».

« Je suis de celles » est une femme-miroir de la laideur humaine. Mais la laideur, et par conséquent la beauté, n’est jamais où l’on pense. On ne s’attendait non plus à entendre Bénabar filer la veine ronsardienne ; « La Coquette » est cruelle telles que le sont les fables sur la fuite du temps. Comme un sac à main qu’on fouille par inadvertance, Bénabar plonge aussi dans les flâneries d’une « Paresseuse », qui se retrouve dans ses délicieux retards avec le temps loin des discussions du foot et de la bière.


L’insouciance importe à Bénabar. Il a toujours envie de voir l’autre versant de la colline. Il préfère les remords aux regrets, se tromper plutôt que de ne pas vérifier par lui-même : « Si on reconnaît quelqu’un à ses copains / J’espère que les miens sont très très bien / J’espère surtout qu’ils savent où on va / Parce que moi vraiment, les gars, je sais pas /

/ Tant pis pour cette fête, on la trouvera jamais / L’itinéraire par la fenêtre, va tout droit / On verra bien / Serrés à six dans une petite voiture / J’échangerais pas ma place même si on va dans l’mur. »


Pour enregistrer « L'itinéraire », « Monospace », « Je suis de celles » et les autres trouvailles des « Risques du métier », Bénabar est allé à Bruxelles où il partage désormais sa vie avec Paris. Dix-huit mois donc après un album ayant dépassé les 100 000 ventes, il a poursuivi son évolution dans l’intimité d’un petit studio. Et avec la même équipe. Enregistré de nouveau par Alain Cluzeau, le groupe de scène de Bénabar fait encore tanguer ses fanfares au son des cuivres et de l’accordéon. Mais pour illustrer un répertoire dont l’assurance est peut-être plus mélancolique, l’arrangeur Fabrice Ravel Chapuis a couché des partitions de cordes. C’est ambitieux sans être clinquant : le reflet d’un artiste d’envergure.

Source : Site officiel

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